09 octobre 2018

Pour la suite de nos portraits d’entrepreneurs créatif, c’est au tour de Jean-Philippe CABAROC de nous présenter son métier. Entre plaisir pur du crayonné, réflexion sur le rôle du graphisme  et pédagogie auprès des clients pour les amener à valoriser le meilleur de leur activité, le design graphique à plus d’un atout dans son sac.

Qu’est-ce qui vous a amené au métier de designer graphique  ?

J’ai toujours su que je voulais faire un métier dans la création. Mais une fois mon Bac en poche, je ne savais pas encore ce qu’était le design graphique, au départ je voulais être dessinateur de BD. J’ai toujours dessiné et j’aimais raconter des histoires. Par défaut, j’ai commencé mes études à la Fac Arts Plastiques d’Aix en Provence mais je n’étais pas vraiment passionné par la formation, sauf pour une petite option de deux heures par semaine qui s’appelait communication visuelle, c’était un cours annexe de sensibilisation au graphisme. Bizarrement dans ce cours le temps passait beaucoup plus vite, je me sentais dans mon élément. Et puis un jour j’ai fait une rencontre décisive lors d’une soirée entre amis à Marseille, on m’a présenté quelqu’un qui faisait un BTS de graphisme, il m’a montré son travail : typographie, logo, affiches… ça a été une révélation, c’était exactement ce que je voulais faire. J’étais vraiment passionné par la BD, mais je crois que j’étais plus fait pour me mettre au service d’un client. Être la « voix » de quelqu’un d’autre me semblait plus stimulant.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Mon métier me plaît parce chaque projet est une découverte. Chaque entreprise à une histoire différente à raconter et à partir de ce cadre je dois exprimer ma sensibilité, ma vision personnelle, pour transmettre cette histoire de façon efficace, pour qu’on s’y intéresse. Et il y a tellement de projets intéressants à faire connaître. J’ai pu travailler pour un festival de Country, une exposition scientifique ou un salon esthétique pour personnes ayant subi des chimiothérapies, ce sont des univers très différents, mais c’est souvent des rencontres avec des gens passionnants. Ce n’est pas toujours simple de trouver la bonne idée de logo, de site Internet, d’affiche ou de packaging mais quand on crée une relation de confiance avec son client et qu’on aime son projet, on finit toujours par trouver le truc qui a du sens.

Comment envisagez-vous votre métier aujourd’hui ?

Quelque chose est en train d’évoluer dans la façon dont les gens voient le design. Avant c’était créer des choses jolies, aujourd’hui on se rend compte que ça va bien au-delà, que le design s’intègre dans la stratégie des entreprises. Le designer n’est pas qu’un créateur dans sa bulle mais quelqu’un qui a la capacité de modifier en profondeur l’organisation des sociétés. Le succès de AirBnb ou Uber n’est pas sans rapport avec le design de leur produits et service, tout en mettant l’expérience utilisateur (ou UX) au centre de leur conception. L’UX a d’ailleurs pris une place importante dans la méthodologie du design ces dernières années : Faire, tester, observer, refaire… L’itération constante pour créer le produit idéal, c’est une logique qui devient naturelle chez de plus en plus d’entreprises et les collectivités. De surcouche esthétique, le design est enfin reconnu comme un levier économique et un vecteur de compétitivité.

C’est quoi votre plus ?

Je crois que ce que mes clients viennent chercher en travaillant avec moi, c’est quelqu’un qui va faire émerger ce qu’ils ont de différent par rapport aux autres. Et ça passe d’abord par l’écoute et l’analyse de leur besoin. Quand on vient me voir avec des idées, je commence par les déconstruire, je repars à la base pour être sûr que tout soit pertinent. Je les bouscule un peu mais en fin de compte ils apprécient cette implication. Je ne peux pas défendre une idée en laquelle je ne crois pas. Un autre point qui est important pour moi, c’est la place que j’accorde à la pédagogie dans mon travail. Je m’attache à montrer les différentes étapes de mon processus de création. Le but, c’est de montrer qu’une idée n’a rien de magique, c’est le fruit d’une méthode, et expliquer comment elle naît de manière transparente permet une meilleure appropriation du projet par le client.

Quelle est votre actualité ?

J’ai sorti il y a quelques jours un site surprenant pour l’agence web Cervooo. La direction artistique s’inspire de l’univers des films d’horreur, c’était un pari osé mais nous avons gagné un prix pour ce projet.

Je réalise également les packagings de la Ferme du Vieux Poirier, une micro ferme alsacienne agroécologique et permacole qui produit une gamme de terrine Bio à base de porc. C’est une petite production très qualitative, la ferme milite pour une agriculture qui respecte l’écosystème naturel. On est très éloigné de l’agriculture intensive. Je ne pouvais pas faire abstraction de cette singularité pour la création du visuel des étiquettes, qui représente un jardin sauvage et nourricier.

Je conçois également l’identité visuelle de l’exposition scientifique Approche(s) de La Rotonde, le centre de culture scientifique de Saint-Étienne. Dix projets scientifiques franco-québécois exposés en extérieur sur de grands panneaux. Ce n’est pas évident de donner envie au grand public de s’intéresser à la science, pour beaucoup ça peut sembler rébarbatif. J’ai réalisé des illustrations minimalistes intrigantes, inspirées de Saul Bass, qui interrogent le passant sur des questions de société en rapport avec le projet scientifique présenté, pour lui donner envie de s’approcher.

Qu’est-ce que vous apporte Designers+ ? 

Étant indépendant j’apprécie de pouvoir échanger avec des confrères. Designers + crée des occasions de se rencontrer grâce à des événements de networking.

Je fais aussi régulièrement des formations organisées par l’association pour me former et monter en compétences.

C’est important d’avoir une association pour fédérer les professionnels du métier et défendre nos valeurs, d’autant que paradoxalement les designers sont plutôt des solitaires.­

Voir le travail de J.F. Cabaroc et lire ses études de cas

 

 

 

J-P Cabaroc, graphiste